Crozon et le sentier des douaniers en Bretagne

Découvrez nos sept jours de trek sur le GR34, autour de la presque île de Crozon !!

« Passez à l’ouest » … Je crois que les pubs lancinantes du métro parisien avaient fini par nous monter à la tête. Je crois qu’à force de voyage dans les profondeurs obscures du métro on s’était fait embarquer, un peu malgré nous sur l’un des plus anciens chemins de randonnée de France : le sentier des douaniers ; ou comme on l’appelle aujourd’hui GR34. Parce qu’un peu d’histoire ne fait jamais de mal, on vous rappelle que le sentier a été créé en 1791. Rien que ça. A l’époque il était sillonné par les gardes côte qui veillait à éviter toute contrebande. Qu’il pleuve ou qu’il vente, et en Bretagne ce n’est pas un vain mot, ils parcouraient les sentiers escarpés qui longent la côte bretonne. Alors, chargés d’un peu d’histoire et de beaucoup de pubs métropolitaines on a fait nos sacs et pris le train pour Brest.

 

La carte topo du GR34 autour de la presqu’île de Crozon

 

 

 

 

Les premiers pas : Le Faou

Le Faou première étape du parcours, ou « Le fou » comme le prononce les Bretons. Attention ici on veille à votre bonne prononciation. Mince. On était vite repéré, impossible de prétendre à la presque nationalité bretonne après cela… Premiers émois, premières maisons à colombages, premières vieilles églises de pierre. Dans la nouveauté tout est émerveillement. Le bus nous a déposé depuis Brest dans le charmant village du Faou. De là, on a pu rejoindre le petit camping posé en bordure de l’estuaire.  La soirée techno des voisins nous a tenu éveillés jusqu’à quatre heures du matin. Un bonheur pour commencer la randonnée. Un mélange d’électro et de cornemuse, régal breton…

 

Le chemin traverse beaucoup de sous-bois les premiers jours

 

 

Une ville au bord de l’eau : en route vers Landévennec

Epuisés par une nuit trop courte, on a quand même pris la route le lendemain et presque de bonne humeur. La marche est longue jusqu’à Landévennec ; beaucoup de sous-bois, quelques belles vues, du soleil et des pieds qui fument. Une bonne première journée et Landévennec était magnifique. On y a même rencontré Mr le Maire, personnage haut en couleur et en douceur, il nous a vanté au petit matin alors que nous repartions, encore pas très réveillés les mérites de son cimetière marin ou disait-il, tous les gens du coin s’arrachent une place pour y dormir une dernière fois. Il faut dire que cela doit être agréable une dernière demeure avec vue sur mer.

 

La mer s’est retirée derrière le camping de Landévennec

 

 

Le port Breton : arrivée au Fret

A Le Fret le lendemain, après 25km, on est arrivé lessivés mais heureux. Plus lessivés qu’heureux on n’en savait plus grand-chose, en tout cas, on avait mal aux pieds. Mais la marche était encore plus belle. Plus on avançait, plus il nous semblait que les paysages gagnaient en couleurs. On sentait presque déjà souffle le vent de l’océan qui nous attendait. Le camping du Fret est adorable, une petite route bordée par l’océan permet de rejoindre la vieille ville et le port. On a décidé d’aller se faire servir dans une petite crêperie, au bord de l’eau. Le vent soufflait sur la terrasse mais on a apprécié comme il le fallait cette première galette bretonne et la bolée de cidre qui l’accompagnait. Petit coup de cœur pour ce petit port de pêche où l’on croit parfois avoir atteint le bout du monde. Nous, on trépignait d’impatience à l’idée de rejoindre enfin l’océan, et pour ne pas nous faire attendre plus longtemps, on a bu cette bolée de cidre et on s’est couché. Il était 21 heures.

 

Au loin, le petit village du Fret

 

L’océan comme récompense : la plage de Trez-Rouz

Longue est la marche quand on a mal aux pieds. Belle était la récompense et on a oublié nos pieds. La pointe des Espagnols, c’est le début du miracle. Là, je voulais vraiment passer à l’ouest. La pub du métro me revenait sans cesse et j’étais heureux de lui trouver enfin du sens. L’eau était bleue azur, le ciel immaculé et les fleurs violettes et jaunes. Un vrai tableau. L’océan livrait ses secrets et on en restait bouche bé de tant de beauté. On s’est assit pour regarder (et pour se reposer) et on s’est dit que peu importait les kilomètres tant que la randonnée nous accordait une telle liberté. Que c’était la plus belle des récompenses. C’est sur ces pensées philosophiques qu’on est arrivé à la plage de Trez-Rouz, aussi appelé (par nous) le paradis terrestre. J’ai piqué une tête dans l’eau fraiche et j’ai oublié mes douleurs. Le camping est agréable bien qu’un peu bruyant, mais il fait face à la mer que l’on rejoint en traversant une petite route. Difficile de faire mieux.

 

Les couleurs sont peu communes dans cette partie du chemin, un régal

 

 

La mer en toile de fond, rendez-vous à Saint-Nic

Arrivés à l’océan on découvre enfin les plages. Les marcheurs que nous étions devenus piaffaient d’impatience à l’idée de pouvoir ôter quelques instants nos chaussures de randonnée pour profiter du sable fin. Parfois quand la mer est basse, on peut couper le GR en passant par les plages et s’offrir une marche les pieds dans l’eau. L’océan est toujours plus bleu, toujours plus transparent. Cette partie du GR est l’une des plus belles sur laquelle il nous ai été donné de marcher. On découvre des plages splendides, oubliées des foules ou les surfeurs s’adonnent à leur passion. On grimpe et on descend des falaises qui offrent des points de vue sans cesse renouvelé. Le spectacle est bien plus impressionnant que lors des premières étapes il faut le dire, mais l’effort consenti nous le fait apprécier encore plus. Quatre étapes nous séparaient encore de l’arrivée. D’abord la plage de Goulien, interminable étendu de sable que l’on parcours les pieds dans l’eau, repère de hippies Bretons et Allemands en tout genre. Ensuite le chemin continue, majestueux vers la ville de Morgat d’où le rejoint un semblant de civilisation. Trez-bellec que l’on rejoint ensuite est sauvage mais magnifique. On s’est assis dans une petite cabane en bois pour siroter un café. C’était bientôt le dernier jour. J’étais déjà nostalgique. Le ciel s’est assombri, comme pour nous indiquer la sortie.

 

On aperçoit l’île vierge, à ne pas manquer sur le sentier

 

Les mots de la fin

Trez-Rouz, Goulien, Morgat, Trez-Bellec, Saint-Nic, les noms des villages bretons se sont ensuite succédé comme autant de kilomètres parcourus, comme autant de paysages, comme autant de joie d’être allé au bout de ces 140km sur la presqu’île de Crozon. Sur le sentier, le temps passe différemment, les trois premiers jours achevés, on avance sans trop savoir comment. La marche forge le corps et on se découvre de nouvelles capacités d’adaptation. On a rejoint les étapes qui ont suivi avec gourmandise ; happés que l’on était par notre nouvelle vie de marcheur. On a vécu de peu finalement et c’était bien car l’essentiel était ailleurs. On aura bousculé nos certitudes, dérangé nos habitudes pour qu’au final on ait vécu un an en une semaine. Est-ce que ce n’est pas cela vivre pleinement ? Est-ce que ce n’est pas cela vivre libre ? Est-ce qu’alors cela ne mérite pas tous les sacrifices ?

 

Le temps est au gris au moment de partir ce matin là

 

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