Sept jours de marche sur la grande traversée du Jura. Suivez le guide !

Le Jura et moi c’est une vieille histoire. On se connaît depuis longtemps, il m’a presque vu grandir. J’ai aimé ses fromages, ses montagnes que le temps a adoucies et ses vieilles fermes en bois qui accueillent les vaches quand vient l’hiver. Mes grands-parents avaient un petit appartement à Métabief et j’y ai passé la plupart de mes hivers. Cette randonnée, c’était une façon de leur rendre hommage aussi.

Ce fut grandiose d’efforts et de récompenses. Le Jura est un massif mystérieux, qui regorge de trésor caché. Laissez-moi vous emmenez les découvrir.

Le topo de la GTJ

 

Les premiers pas

Pour partir, il me fallait un partenaire. Je n’ai jamais voyagé seul. Je suis allé chercher un novice, mon cousin, dont ce serait la première randonnée. Je le savais travailleur, appliqué et pas bavard. Un parfait randonneur en somme.

La Grande traversée du Jura descend en pente douce depuis Montbéliard vers Métabief avant de s’attaquer aux grands sommets de la chaîne et d’enfin se jeter sur la ville de Culoz après l’ascension du Grand Colombier. On a choisi de commencer par le commencement, pas questions de tricher, on ferait les choses dans l’ordre où on ne les ferait pas. Comme le temps nous était compté on avait décidé de ne faire que la moitié du chemin, celle qui nous mènerait de Montbéliard vers Métabief. En arrivant à Métabief on aurait achevé la première moitié du périple. Ainsi nous pourrions revenir plus tard pour mettre un point final à cette aventure Jurassienne qui me tenait temps à cœur.

Sept étapes devaient nous séparer de Métabief, où l’appartement de mes grands-parents devait nous servir de dortoir avant de rentrer chez nous. Ce serait le repos tant mérité, la douche chaude et le repas des rois. Il faut toujours une perspective de meilleur quand l’on part se frotter à la dureté de la nature. C’est ce qui nous permettrait de tenir face aux coups durs, de nous relever quand l’effort nous ferait plier l’échine. Il y aurait ce petit appartement de bois, comme une lueur la nuit

Le repos bien mérité, sur un banc avec vue

 

En route

Le départ, quand il arrive enfin est comme une délivrance. Après les heures passées à organiser le voyage, à s’assurer que tout est prêt, que le matériel a trouvé sa place dans le sac. Enfin tout est prêt. Le TGV brave le crachin qui tombe doucement sur lui. La pluie s’arrête quand le bus nous dépose à notre point de départ. Il est 14 heures déjà et le ciel se découvre. Un timide soleil accompagne l’ivresse des premiers pas. Le sac pèse lourd sur les épaules mais qu’importe, désormais chaque pas compte, ce sont eux qui nous rapproche de notre but, de Métabief, du petit appartement.

Premiers kilomètres, premières vaches et bientôt le premier bivouac. Le temps s’assombrit quand nous décidons de planter la tente dans un champ humide. Le ciel est menaçant. On parle de l’orage qui arrive, de l’étape de demain. Une sensation irrésistible de liberté m’étreint. Je suis enfin libre, libre d’avancer, dans la simplicité que seule m’offre l’errance. Le ciel s’abat sur notre tente, le bruit est assourdissant, puis au détour d’une accalmie, enfin je m’endors.

Les kilomètres passent, 20, 25, 30…. Les chiffres défilent dans ma tête et nous traversons les champs qui s’étendent à l’infini. Le relief est doux, à peine perceptible dans cette première partie. On avance bien. Notre corps s’habitue lentement à cette nouvelle vie. Déjà les douleurs se font moins intenses. Les épaules s’endurcissent, les pieds aussi. Les premières ampoules apparaissent. La marche devient notre quotidien ; les campements deviennent des hôtels, le bois notre chauffage et l’on se complaît au milieu de rien, perdus. Quelque part, dans le Jura, deux nomades rêve en grand, de tous petits bonheurs.

Quelle surprise ce matin là !

 

Les pieds dans l’eau

Les premières difficultés surviennent quelques jours plus tard. Le Doubs est en furie, on nous avertit, le chemin est inondable. Qu’à cela ne tienne, il nous faut avancer. On maintient notre cap, sûr de nous. L’eau, bientôt envahi le chemin. On traverse un premier passage pieds nus. Le froid nous saisit. Puis, le chemin disparaît encore. L’eau est haute, marron car elle charrie la terre. Cette fois plus question de faire demi-tour. On chausse et on s’enfonce dans la vase. Il faut avancer, vite. Pas question de se faire surprendre par une nouvelle montée des eaux. Je suis confiant, la rive n’est plus très loin. Ce fut le pire bivouac de notre randonnée. Les pieds trempés, on a planté la tente avec regret alors que la nuit tombait, dans une forêt aussi humide que nos pieds, sur un terrain en pente. La nuit fut courte et le lendemain, les chaussures n’avaient pas séché. Pourvu que dans la journée, le soleil pointe le bout de son nez.

Le sentier noyé par un Doubs en furie

 

Pas nus mais culottés

Deux jours restaient à notre périple. Mon cousin avait les chaussures abîmées, ses ampoules le faisaient souffrir. Il ne disait pas un mot mais je voyais sa peine. On est arrivé dans un petit village désert. La journée se terminait. La route s’éloignait en lacet. Pas de trace d’un bivouac digne de ce nom. C’est un moment à part dans une journée de randonnée, celui où l’on doit choisir son lit pour la nuit. Il y en a des trop petits, des trop grands, des en pente, des humides, des déjà pris, des dans le vent et puis le bivouac parfait, celui d’où l’on se sent en vie. On avise un terrain municipal. Je laisse mon cousin et part faire un tour de la ville. Alors que je monte une côte j’entends qu’on m’appelle de loin. Un homme à sa fenêtre agite sa main. Le randonneur attise la curiosité, surtout dans les villages reculés où l’on voit passer peu de monde. Je suis devenu une curiosité. C’est étrange. Je crois que j’aime ça.

Quelques minutes passent et nous voilà en train de poser la tente dans son jardin. Il est souriant, on l’amuse je crois. Je suis excité, me voilà, moi, le banlieusard, expérimentant la générosité française. Je n’arrive pas à croire que ça m’arrive à moi. Quelques minutes passent encore et nous sommes dans son salon. Une pizza cuit dans le four. Je n’en crois pas mes yeux, mon estomac non plus. On a ri, on a bu, on a fumé, on s’est découvert. Peu importe finalement ce qu’ils pensaient, qui ils étaient, on a partagé un moment unique dans une vie et je ne les en remercierais jamais assez. Le lendemain matin, on a pris le café ensemble avant de reprendre la route. C’est amusant les sentiments, j’avais le cœur serré quand, les larmes aux yeux ils nous ont fait promettre de revenir. Je savais qu’on ne se rêverait pas. C’est ça alors, l’Humanité ? C’est ça aussi, vivre des aventures ? On s’est remis en marche, le cœur rempli. Avec mon cousin, on s’est jeté un regard, désormais on partagerait ça. J’ai su dans ses yeux qu’il l’avait senti lui aussi. La journée fut belle, le soleil nous suivi jusqu’au soir. Quand le cœur est empli, les jambes suivent, cela a toujours été ainsi.

Le bivouac, dernier instant de calme avant l’orage

 

Le mot de la fin 

On est arrivé au château de Joux, on a bivouaqué dans une forêt magique, ou lors d’un matin brumeux on a discuté avec des chamois. On a plié sous le poids des kilomètres avant d’apercevoir enfin le lac St. Point. C’était comme une délivrance. On a pique-niqué, on a pris notre temps. La fin de la randonnée, c’est un sentiment étrange, mélange d’excitation et d’appréhension. Je me réjouissais de la douche qui m’attendait et du festin que l’on ferait au restaurant en bas de l’immeuble. Mais j’avais cette boule qui grandissait au fond de mon ventre, j’avais peur, peur que tout s’arrête. Et la délivrance arrive, sous le soleil qui brillait, on a embrassé le panneau Métabief. Mission accomplie. On comprend le sens du dicton qui dit « l’important ce n’est pas la destination c’est le chemin pour y parvenir ». Métabief ce n’était qu’un nom, un nom pour pouvoir mettre un point final à cette aventure. Un nom pour recommencer.

Le Jura est une région magnifique, sur cette première partie de la GTJ, les reliefs sont peu nombreux et largement accessibles, même au non initiés (preuve en est que mon cousin est allé au bout). Bien sûr ce sont des journées chargées , avec près de 25 kilomètres de marche de moyenne, mais les récompenses sont belles. N’oubliez pas d’aller saluer les Jurassiens, vous pourriez avoir de belles surprises !

Le TGV roulait vers Paris. La tête contre la vitre je rêvais déjà à d’autres sentiers.

 

Le saut du Doubs est impressionnant et constitue une des attractions de la GTJ

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