L’Ascension du Jbel Toubkal en hiver

A l’hiver 2018, je me trouvais au Maroc et quelques amis à moi sont venus me rejoindre. On avait comme rêve d’aller tutoyer le ciel sur le plus haut sommet du Maroc : le grand Jbel Toubkal (4167m). Installez-vous bien confortablement, voici le récit de cette un peu trop folle aventure.

Jour 1 : Vers le refuge 

 

 

Il n’y a pas de rêve trop grand, il n’y a que des rêveurs trop paresseux.  C’est avec cette maxime longuement méditée dans le petit village Marocain où je vivais depuis quelques mois, que je rêvais des sommets. Du jardin du village on voyait l’Atlas enneigé, on percevait les cimes et je me prenais à imaginer l’ascension à venir. J’avais peur surement un peu, c’est aussi ce qui nous maintient en vie. Et puis le jour est enfin venu.

J’ai rejoint mes amis qui arrivaient de France à l’aéroport de Marrakech. La voiture de location nous emmènerait ensuite vers le petit village d’Imlil, point de départ du sentier qui monte au Toubkal. Il était minuit lorsque nous avons été arrêtés sur la route. Un éboulement, des pierres tombées de la falaise nous barraient le chemin. De toute évidence nous étions les premiers à passer par ici ce soir. Désabusés, on a déposé la voiture sur le bas côté. On est parti dans la nuit noire, guidés par les étoiles qui scintillaient au-dessus de l’ombre des montagnes. On est arrivé à quatre heures du matin. La nuit fut courte et le lendemain, il a bien fallu repartir.

N’écoutez pas ceux qui parlent sans agir. On nous avait dit que c’était très dangereux voir impossible de se rendre seul au Toubkal en hiver. Du petit village, la route s’enfonce à travers la montagne jusqu’à apercevoir une autre ville que l’on longe lentement. On a parfois l’impression de partir vers un voyage sans retour, s’enfonçant ainsi toujours plus haut dans les montagnes. Après une bonne heure de marche, on aperçoit un petit marchant de jus d’orange. Il est perché au pied du chemin qui serpentent et montent violemment à travers la montagne. On s’est arrêté parler avant de reprendre la route. Nous sommes partis tard, il ne faut pas trainer, on est en hiver et le refuge se trouve loin. Les nuits sont froides dans l’Atlas. On avale les kilomètres qui nous mènent au point de rencontre qui marque la fin du voyage pour les ânes porteurs. Nous, on a déjà tout sur notre dos et on file droit vers le refuge. On marche vite.

Puis d’un coup, le froid tombe. On a chaussé les crampon déjà et la brise se fait glacée. On l’a pas vu venir. On ne peut plus s’arrêter, il fait trop froid, la lumière décline et le refuge n’est toujours pas en vue. On accélère encore et enfin, alors que la nuit tombe, les lumières apparaissent là-bas, encastrées dans la vallée, les lueurs d’espoir. Moi je fatigue, je n’ai pas l’habitude des hautes altitudes. Le refuge culmine déjà à 3200m. J’enrage, je me suis pourtant entrainé depuis des mois pour cela. Je suis dans les meilleures conditions possibles. Je sais que c’est autre chose, une autre forme de fatigue. J’ai la nausée, il faut que l’on avance, encore un peu. Il fait nuit et le froid est oppressant. On marche à la lumière frontale. Le rayon fait pour moi comme un chemin, je la suis obstinément, persuadé que l’effort fera capituler mon mal.

Puis, enfin, sans trop que je m’en aperçoive, nous arrivons. Le refuge est accueillant, il fait chaud, il y a du bruit,  de la cuisine sort une odeur chaleureuse de tajine brulant. Manger ne me rassasie pas, je traine mon mal. Je n’ai jamais connu ce problème. C’est la peur au ventre de ne pas arriver en haut demain que je m’endors.

 

 

Jour 2 : Le sommet fantôme

L’échec fait partie de la vie, de celle du randonneur aussi. C’est pourtant si dur de l’admettre. Je n’avais jamais eu encore connu une telle déconvenue en randonnée. Et pourtant il m’a fallu admettre que je ne monterais pas. Je suis hanté encore aujourd’hui de savoir si j’ai pris la bonne décision, si j’aurais pu continuer. On m’a toujours dit de ne pas rigoler avec le Mal Aigu des Montagnes. Alors je l’ai pris très au sérieux et c’est la boule en ventre, les jambes lourdes, que j’ai laissé mes compagnons de cordés partir ce matin-là, après deux heures d’ascension. Je ne saurais jamais si j’aurais pu atteindre le sommet. C’est peut être mieux ainsi.

 

 

Je suis resté un moment interdit, les yeux dans le vide, à ruminer ma défaite. Il parait que ce n’est jamais une défaite lorsque l’on revient en vie, n’empêche, assis là, j’avais un gout amer au fond de la gorge et ce n’était pas celui de la victoire. Je me suis décidé finalement à rejoindre le refuge où j’ai retrouvé quelques perdus de cordées avec qui j’ai partagé ma peine. Il a commencé à neigé dehors. Jbel Toubkal, ce serait donc pour une autre fois, toi et moi.

 

 

ET VOUS ?? Vous avez déjà grimpé le Jbel Toubkal ou monté des sommets de plus de 3000m ? Racontez-moi votre expérience en commentaire !!

 

 

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