Voici le récit de cette épuisante aventure de dix jours dans les alpes françaises. Suivez-le guide !

 

Les Alpes m’attiraient depuis un bon moment déjà. Majestueuses, inquiétantes, les montagnes là-bas sont différentes de celles que j’avais eu le temps d’apprivoiser dans le Jura par exemple. Alors j’ai décidé de me lancer, sur le fameux TMB. Comme une initiation à la haute montagne.

Jamais une randonnée jusque-là ne m’avait tant épuisé. Mais les paysages furent à la hauteur des efforts consentis. Avec le majestueux Mont-Blanc en toile de fond, le TMB monte, descend et sillonne parmi les merveilles alpines. Un vrai régal pour les yeux. A l’été, certains le parcours en courant. Le trail du TMB est l’un des plus connus de la planète. Nous on a décidé de marcher, ce serait assurément plus long, mais surement plus aisé.

                Carte topo du TMB.

 

La folle entreprise

A y repenser c’était une entreprise un peu folle. Dix jours de marche, des dénivelés à faire pâlir les chamois, des bivouacs sauvages et un soleil de plomb. Pour la première fois, j’étais aux commandes. C’était une grande sensation de liberté. J’avais tout organisé de A à Z. Le matériel, l’itinéraire, la nourriture, il fallait que tout soit prévu, ou presque, pour laisser une part à l’esprit d’aventure.

Plus l’heure du départ approchait plus mon appréhension m’envahissait. J’étais impatient de voir si mes efforts allaient porter leur fruit. Après tout, je n’en étais plus à ma première randonnée. Il était temps de se jeter à l’eau. Elle comptait sur moi pour prévoir. Je comptais sur elle pour endurer les coups durs. La montagne c’est un tout autre univers. Le Tour du Mont Blanc est beaucoup emprunté, souvent à la journée, les chemins sont bien balisés, pas de risque a priori. La seule chose qui pourrait nous arrêter, ce serait la fatigue. Si la tête et les jambes tenaient, nous irions au bout.

Ce serait ma plus longue randonnée. Je caresse le rêve depuis lors de partir pour de longues distances, plusieurs mois, dans le Canada sauvage ou sur les rives de la Nouvelle Zélande. Mais chaque chose en son temps.

La marche ça ne s’oublie pas, et pourtant, avant chaque départ, j’avais peur. Peur de quoi ? Je ne le savais pas trop en réalité, de ne pas réussir, de souffrir, je crois que j’avais plus peur pour elle que pour moi. Après tout pour un coup d’essai ce serait un coup de maitre. Le sac était lourd, les dix jours de nourriture se faisaient sentir. J’avais fait mon possible pour ne pas alourdir le sien.

 

Les montagnes sont encore vertes malgré l’été qui s’est bien installé.

 

Les premiers pas 

Et puis nous sommes partis, comme cela, sans crier gare, nous marchions. La première côte fut longue, très longue. Je l’ai vue s’arrêter au milieu, les mains sur les genoux. J’avais peur mais j’essayais de le garder pour moi. C’est dur de ne pas savoir ce que pensent les gens. J’aurais aimé qu’elle me dise autre chose que « tout va bien ». Son corps la trahissait, la souffrance ne se cache pas éternellement. Pourtant, alors que le soleil s’en allait déjà derrière les sommets et qu’une ombre froide glissait vers nous, nous sommes arrivés en haut. Je sentais que nous avions fait le plus dur. Nous étions partis. Dans le ciel, une étoile scintillait déjà.

Le sommeil doit s’apprivoiser en randonnée. Je dors rarement bien le premier soir. J’ai le dos endolori, je guète le moindre bruit. La nature est bruyante. Je me rappelle d’une nuit dans le Queyras où j’avais été réveillé en sursaut par un chevreuil en rut qui hurlait. J’ai moins peur de la nature que des hommes et ce soir, alors que les lumières de la ville brillaient encore en dessous de nous, je dormais mal.

 

Assis au coin du feu qui peine encore a démarrer

 

La routine de la route

Quand les kilomètres deviennent des heures, les sentiers forment de longue route où sillonnent nos âmes errantes. Quand il pleut, quand le soleil est haut dans le ciel, le marcheur avance, il est mué par un autre démon que les gens de la ville. Ici-bas, il n’y a pas de place pour l’errance, la modernité nous a rendus sédentaire. C’est un autre mode de vie. Je crois que dans des pays lointains, l’errance est encore une vie à part entière. Mais les nomades sont peu nombreux, le monde ne les accepte plus. Il faut se ranger, où mourir. Nous ne sommes que des nomades intermittents. Heureusement, l’esprit n’est jamais aussi libre qu’en mouvement. Je me dis parfois, en marchant, que la liberté que nous offre le monde occidental tel que nous le connaissons, nous l’avions payé le prix fort. Car nous avons gagné en liberté ce qu’on l’on a perdu en apaisement. L’esprit libre, l’esprit cultivé est torturé. C’est peut-être pour ça que nous sommes si nombreux à nous lancer sur les routes, à la recherche d’un abandon, d’un détachement que l’on ne trouve plus ailleurs.

Je me souviens de ce bivouac au bord de la rivière. On entendait le bruit de l’eau qui coulait doucement. Au loin, derrière les jeunes fleures violètes, les montagnes s’élevaient comme des gratte-ciels. Le soir tombait, les marcheurs du jour étaient rentrés maintenant. On entendait que le vent qui glisse sur la toile de tente, que quelques oiseaux qui chantent la fin de la journée. Je me suis assis sur une branche d’arbre. La vie est douce, perdu dans les montagnes.

 

La tente est dressée, on peut attendre sereinement le soir

 

Un torrent de larme

C’est arrivé après sept jours, finalement ça aurait pu être pire. Tu as tenu jusque-là et j’en ai été fier. Tous les matins, nous avons grimpé, durant des heures, sur les pierres qui glissaient. Mais tu es arrivée en haut, à chaque fois. Et c’est dans cette interminable journée qui devait nous mener en Italie, que ta tête a lâché. Il faut dire qu’elle était longue cette descente vers Courmayeur. Quand les larmes viennent il parait qu’il faut les laisser couler, qu’il ne faut pas craindre ses sentiments. Il n’y a pas de honte à se sentir mal. Alors, je t’ai laissé pleurer, assise sur le bord du chemin. J’étais exténué moi aussi, mais je ne voulais pas te voler tes larmes, alors j’ai retenu les miennes. Comme si c’était écrit, arrivés à Courmayeur, un terrible orage nous est tombé sur la tête.

Balcon avec vu

 

Les mots de la fin 

Je crois que ça reste à ce jour la randonnée la plus épuisante que j’ai fait. Le cap des sept jours est saisissant. Le temps transforme le corps et l’esprit. En un week-end on n’a pas le temps de comprendre ce qu’est vraiment la randonnée. Moi, après dix jours, j’ai cru en comprendre le sens, mais je me savais encore loin du compte.

Ce fut extraordinaire, hors du commun, sans comparaison et les superlatifs me manquent. Le TMB est exceptionnel et les paysages changeants. On s’est retrouvé en Italie, puis en Suisse. Toujours, le grand  Mont Blanc apparait, comme un guide. On n’a pas vu trop de monde sur la route, à nous, à qui on avait promis des embouteillages. Oui, nous n’étions pas seuls, mais on le savait, on s’y était préparé et cela ne nous a pas trop gêné. Les points de bivouac sont nombreux et agréables.

Petite astuce : ne jamais enlever ses chaussures de randonnée dans un TGV Lyria.

 

Les sentiers sont longs, parfois sinueux, mais le ciel est bleu.

2 thoughts on “Le Tour du Mont Blanc à pied

  1. Très bel article encore une fois, belle narration. La rando et les longues heures de marche inspirent 😊👍🏻 et cela me conforte dans mon envie de faire le TMB !

    1. Merci beaucoup !! Le TMB est l’une des plus belle rando de France, n’hésitez pas. C’est vrai que c’est inspirant de marcher, on s’écoute enfin penser et ça fait du bien !

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